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LES ACARIENS DE LA POUSSIERE
DE MAISON
Les modifications de notre environnement intérieur
ont provoqué le développement prospère
d'ennemis dangereux pour les personnes allergiques :
les acariens. L'allergie aux acariens est extrêmement
répandue, ainsi dans certaines parties du monde,
65 à 90% des asthmes chez l'enfant et l'adulte
jeune sont associés à une allergie aux
acariens.
En dehors de l'asthme, différentes maladies
en augmentation constante sont directement dues à
une allergie aux acariens : rhinites, conjonctivites,
eczéma, infections ORL à répétition,
toux spasmodique, certaines urticaires.
Qui sont les acariens ?
Contrairement à ce que l'on pense, les acariens
ne sont pas des insectes mais s'apparentent aux araignées,
appartenant à la famille des arachnides, sous-classe
du monde des arthropodes. Ces invertébrés
minuscules ont 4 paires de pattes, parfois des poils,
une sorte de carapace et un groin caractéristique
les rendant particulièrement hideux. Heureusement,
ils sont le plus souvent invisibles à l'il
nu, les acariens présents dans la poussière
de maison par exemple ont une taille variant de 200
à 500 microns (1/3 de millimètre en moyenne).
Différents types d'acariens peuvent être
à l'origine de phénomènes allergiques
chez l'homme: avant tout les acariens de la poussière
de maison Dermatophagoïdes Pteronyssinus et Dermatophagoïdes
Farinae mais également les acariens de stockage
présents dans les lieux de stockage alimentaire
(grains, graminées, farine, paille, foin). D'autres
acariens sont à l'origine de pathologies professionnelles
comme acarus siro chez les affineurs de fromage, panonychus
ulmi chez les cultivateurs de pomme ou ephestia chez
les boulangers, citons également blomia retrouvé
dans la poussière de maison des régions
tropicales ou subtropicales.
Les acariens de la poussière de maison Dermatophagoïdes
Pteronyssinus et Dermatophagoïdes Farinae se nourrissent
de squames humaines ou animales (peaux mortes), de cheveux,
de poils, de plumes, de débris d'ongles, de débris
alimentaires, de moisissures ... Un être humain
perd, en moyenne, 1,5 gramme de squames ce qui suffit
à nourrir environ 100 000 acariens. Ceux-ci affectionnent
les milieux humides (degré d'hygrométrie
entre 75 et 80 %) et chauds (température de 22
à 25°C). L'humidité relative est le
paramètre essentiel de leur développement,
elle dépend de la température, de l'humidité
absolue et du taux de renouvellement de l'air par la
ventilation. Dermatophagoïdes Pteronyssinus et
Farinae excrètent dans les fèces une dizaine
de substances (allergènes) capables de déclencher
des phénomènes allergiques chez des sujets
prédisposés. L'allergie aux acariens est
liée en priorité aux déjections
des acariens vivants et aux particules de désagrégation
des acariens morts.
Ce sont des animaux sexués. Durant leur vie (3
mois en moyenne), ils s'accouplent une à deux
fois. La femelle de Dermatophagoïdes Pteronyssinus
pond environ 20 à 40 ufs qui éclosent
au bout de 6 jours, libérant des larves mobiles,
celle de Dermatophagoïdes Farinae pond 200 à
300 ufs. En 25 jours en moyenne, les larves atteignent
un stade très proche de l'âge adulte. Si
les conditions le l'environnement deviennent mauvaises
(sécheresse, nourriture insuffisante ou mal adaptée),
elles restent à un stade intermédiaire
qui est une forme de résistance ou de déplacement
(la larve s'accroche alors à d'autres arthropodes
par des sortes de ventouses et se fait transporter vers
un autre environnement). En France, en raison des conditions
climatiques, nous observons 2 pics de reproduction,
l'un aux mois de Septembre Octobre, l'autre en Mars
Avril.
A partir de 800 mètres d'altitude, ces acariens
disparaissent progressivement, leur taux devient nul
vers 1400-1500 mètres. Ils sont détruits
ainsi que leurs allergènes à une température
supérieure à 55°C; le froid et l'ensoleillement
diminuent leur nombre.
Comment expliquer une telle augmentation des phénomènes
allergiques liés aux acariens ?
L'écologie des Dermatophagoïdes explique
que leur lieu de prédilection soit la chambre
à coucher et en particulier le lit.
Les modifications qui ont marqué l'habitat depuis
les 50 dernières années, en Europe Occidentale
et en Amérique du Nord, ont favorisé la
recrudescence des allergies liées aux acariens.
Les lieux de vie ont une température moyenne
plus élevée qu'autrefois, les chambres
et la literie ne sont plus autant aérées,
l'isolation des maisons est renforcée. Le goût
du confort a apporté moquettes, tapis, tentures,
revêtements muraux ; les animaux sont souvent
acceptés dans les chambres à coucher.
Le lit, où nous dormons au chaud, dans une literie
faite de plusieurs couches de fibres textiles satisfait
particulièrement les acariens qui y trouvent
chaleur et humidité dégagées par
le corps humain (la transpiration nocturne peut atteindre
600ml par individu). Y abonde de plus leur principale
nourriture : les squames humaines. On peut retrouver
aisément 2 millions d'acariens dans un matelas.
Selon les poussières de maison, il existe de
10 à 2000 acariens par gramme de poussière.
Les meubles rembourrés (chaises, sofas, canapés,
fauteuils), les sommiers tapissiers, les jouets en peluches
sont également un lieu de prédilection
des acariens.
Les moquettes sont contaminées en cas d'humidité
importante notamment dans une chambre à coucher,
elles constituent un réservoir d'allergènes
d'acariens provenant de la literie.
On trouve aussi des acariens dans certains lieux publics
comme les trains, les cinémas, les théâtres,
les banquettes de voiture et les crèches.
Par ailleurs, il semble que certains éléments
environnementaux soient également en cause :
le nombre croissant d'humidificateurs d'air, l'emploi
de nouveaux matériaux de construction et l'utilisation
de plus en plus fréquente de textiles synthétiques.
Ceux-ci favorisent la transpiration et donc l'humidité
relative, ils ne se lavent pas à température
élevée, les allergènes d'acariens
ne sont donc pas éliminés.
Que faire en cas d'allergie aux acariens ?
La réduction de l'humidité relative à
l'intérieur des habitations est le point le plus
important. Il est préférable de vivre
dans une habitation sèche (taux d'hygrométrie
entre 40 et 50%), fraîche, exposée au soleil,
souvent aérée. La température de
la chambre à coucher ne doit pas dépasser
19 °C et de préférence tendre vers
16°C.
Il convient d'éliminer les lieux de prédilection
des acariens en choisissant:
- Un sol lavable en linoléum, parquet ou carrelage
- Un sommier à lattes ou à ressorts
- Un matelas en synthétique (certaines études
récentes ont cependant démontré
qu'un matelas synthétique ne signifie pas toujours
taux bas d'acariens, en raison de la transpiration
plus abondante sur ces matériaux)
- Des oreillers, couettes ou couvertures en synthétique
lavés tous les 3 mois
- Des peluches lavables
- Une housse anti-acarien enveloppant le matelas sur
ses 6 faces, imperméable aux acariens et à
leurs débris mais perméable à
l'air et à la vapeur d'eau et lavable.
L'entretien de la chambre doit être rigoureux
:
- Aération quotidienne et prolongée
même en hiver
- Aspiration fréquente de la chambre et du
matelas, aspirateur avec filtre adéquat (HEPA)
capable de retenir les allergènes d'acariens
ou aspirateur avec cuve à eau
- Lavage régulier des rideaux, peluches, literie
à 60°C
- Rangement de la chambre
- Eviction des animaux, des plumes, des peaux d'animaux,
des plantes vertes
- Chiffon humide sur les meubles
- Utilisation de produits acaricides en complément
des autres mesures.
Les ionisateurs n'ont pas fait la preuve de leur efficacité,
les purificateurs d'air ne peuvent être qu'un
complément, nécessitant un filtre HEPA.
Le nettoyage à sec détruit les acariens
vivants mais semble peu opérant sur les allergènes
des acariens morts. Le nettoyage à la vapeur
semble intéressant.
La mention "hypo allergénique ou "traité
anti allergique" ne doit pas être un argument
de vente de matelas ou d'éléments de literie
car pour le moment il n'existe pas de norme officielle
sur ce point.
Des procédés visant à imprégner
les fibres textiles lors de leur fabrication avec des
insecticides exitent. Mais, même si ce matériel
est dit stable, on peut se demander s'il est prudent
pour un patient allergique de respirer pendant des années
un oreiller imbibé d'insecticide.
Il existe des tests semi quantitatifs sous forme de
bandelettes (Acarex test) permettant de mesurer le taux
d'acariens dans la poussière de maison.
Cependant, malgré ces mesures soigneuses, certains
patients très sensibles souffrent des mêmes
symptômes d'allergie.
Ces symptômes nécessitent des traitements
dits symptomatiques :
- antihistaminiques, cromoglycate de sodium ou corticoïdes
en spray nasal en cas de rhinite
- collyres antiallergiques en cas d'atteinte oculaire
- corticothérapie locale et traitements émollients
en cas d'eczéma bronchodilatateurs, corticoïdes
inhalés, leucotriènes pour l'asthme
- antihistaminiques en comprimés ou solution
buvable chez le jeune enfant si besoin
Si malgré un traitement symptomatique rigoureux,
les symptômes persistent, on peut alors proposer
un traitement d'immunothérapie spécifique
allergénique encore appelée désensibilisation,
véritable traitement de fond de ces maladies.
Celle-ci existe sous deux formes actuellement : injectable
et sublinguale. En cas de sensibilisation unique aux
acariens, chez un enfant ou un adulte jeune, les taux
de réussite de ce traitement sont de 80%. L'efficacité
de la désensibilisation est démontrée
par de nombreuses études, elle permet la diminution
des symptômes et prévient l'aggravation
de la maladie allergique.
Les allergologues de l'ANAICE
conseillent donc aux patients souffrant de maladies
chroniques liés aux acariens de consulter leur
médecin traitant qui leur conseillera la réalisation
d'un bilan par tests cutanés chez un allergologue.
L'allergie aux acariens prend différents visages,
de la simple rhinite à l'asthme sévère.
C'est une maladie de la civilisation, issue du désir
de l'être humain d'améliorer ses conditions
d'existence. Son augmentation est constante. L'allergie
non traitée à tendance à s'aggraver.
Comprendre l'écologie des acariens permet de
diminuer leur taux. Cette éviction est indispensable,
elle s'intègre dans le cadre d'un traitement
spécifique et adapté à chaque patient
allergique.
ARTICLE ANAICE 2001
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