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L'ALLERGIE AUX INSECTES PIQUEURS


C'est vers 2674 avant JC que fut décrit, avec la mort du pharaon Ménes, le premier cas de décès après piqûre de guêpe. Si les piqûres d'hyménoptères (guêpes, abeilles, frelons) sont bien connues, de très nombreux insectes peuvent nous piquer, soit pour se défendre, soit pour se nourrir de notre sang. Ces derniers, appelés insectes hématophages, posent peu de problèmes d'allergie, mais ils sont dans de nombreux pays les vecteurs de maladies infectieuses.

La liste des insectes piqueurs est longue. Dans nos régions on peut citer les punaises du lit, les puces, les taons, les simulies, les moustiques, les acariens du pigeon, les guêpes, les frelons, les abeilles. Certaines des allergies déclenchées par ces insectes ont été étudiées depuis plus d'une vingtaine d'années, comme par exemple les réactions allergiques aux venins de guêpes et d'abeilles. De nombreux chercheurs se sont penchés sur la composition des venins, leurs relations avec les réactions allergiques et ont recherché des techniques de prévention et de traitement. Pour d'autres insectes comme les moustiques ou les punaises les connaissances sont plus limitées. Heureusement ces dernières ne sont qu'exceptionnellement responsables de réactions allergiques graves. Même si le médecin (y compris le médecin allergologue) que vous consulterez aura beaucoup de difficultés à déterminer avec précision l'espèce responsable, il sera en général rassurant.

Le problème sera tout autre avec les hyménoptères (guêpes et abeilles), responsables d'une quarantaine de décès chaque année en France. Ce chiffre est d'ailleurs certainement fortement sous évalué, de nombreux décès survenant brutalement à la campagne étant à tort attribués à une origine cardiaque. Pour les fourmis, qui font parti de cette famille, seules les espèces américaines sont responsables de réactions allergiques.

TOUT D'ABORD COMMENT NE PAS SE FAIRE PIQUER ?

Les moustiques commencent surtout à piquer lorsque le soleil se couche. Ce sont les femelles qui cherchent à ce moment là la nourriture pour leur descendance. La prévention est fondamentale. avec port de vêtements à manches longues, pantalon long voir bottes et moustiquaires individuelles dans les zones infestées. A l'intérieur des maisons, si les fenêtres n'ont pas de moustiquaire il faut fermer les fenêtres à la nuit tombée. Les disques imprégnés d'insecticide branchés sur les prises de courants sont intéressants, mais souvent seuls les répulsifs permettent de repousser ces insectes. On en trouve de nombreux en pharmacie sous forme de lotion, stick, aérosol ou crème. La citronnelle est la plus connue, mais les produits les plus efficaces contiennent du diméthylphtalate, du buto-pyronoxyl ou du diéthyl-toluamide. Attention ce dernier produit n'est pas utilisable chez les jeunes enfants.

Pour certains insectes, comme les acariens du pigeon, la prévention impose l'éloignement de l'animal hôte, c'est à dire des pigeons.. On utilise par exemple dans ce cas des émetteurs à ultra sons.

Les abeilles ne sont en principe pas agressives (sauf certaines espèces obtenues par croisements pour augmenter leur productivité, et qui posent de gros problèmes au Mexique et dans le sud des Etats-Unis). Pour ne pas attirer les hyménoptères il faut éviter les parfums ou autres produits parfumés, porter un pantalon, avoir des manches longues et un chapeau lors des travaux de jardin. La couleur marron doit être évitée car elle pourrait tromper l'abeille, lui faisant croire en la présence de son ennemi l'ours brun. Il faut lui préférer les étoffes blanches, vertes ou beiges. On ne doit pas marcher pieds nus et ne pas s'approcher des fruits et fleurs tombés. Lors des pique-niques les viandes et sucreries doivent être rapidement recouvertes. Les ordures doivent être stockées dans un container fermé. Si l'on a un essaim d'abeilles ou un nid de guêpes près de son habitation, il faut prévenir rapidement un apiculteur ou les pompiers. Si malgré ces précautions l'insecte s'approche il faut garder son calme, ne pas paniquer et éviter les gestes brusques. Les guêpes et les abeilles sont très sensible à des substances sécrétées par notre peau lorsque nous avons peur
(certaines phéromones), et risquent alors de chercher à piquer.


QUE FAIRE EN CAS DE PIQURE ?

La plupart des piqûres d'insectes déclenchent une rougeur locale qui gratte de façon plus ou moins intense. Cette lésion persiste souvent plusieurs jours. Si vous voyez un dard, il s'agit très probablement d'une abeille. Ce dard a la forme d'un harpon, restant dans la peau après la piqûre, accompagné des glandes à venin. Celles -ci vident leur contenu en cinq à dix minutes. Il faut donc rapidement extraire le dard avec une pince ou en raclant doucement avec un couteau afin d'éviter toute pression qui accélérerait la vidange du sac à venin. L'abeille ne peut donc piquer qu'une fois, elle meurt ensuite. La guêpe et le frelon ont un dard lisse qui ne va pas rester dans la peau, ils peuvent donc piquer plusieurs fois.

Pour calmer les démangeaisons, on utilise classiquement des pommades à base d'anti-histaminiques voire de cortisone. Si la lésion ne disparaît pas rapidement, il ne faut pas hésiter à consulter un médecin car le grattage intensif peut être source d'infection. Les " aspi- venin " ne semblent pas utilisables chez les sujets allergiques, le venin restant pouvant suffire à déclencher la réaction. Enfin, attention à la recette consistant à chauffer la zone de piqûre avec une flamme, vous risquez de remplacer les démangeaisons par une brûlure !


L'ALLERGIE AUX VENINS DE GUEPE OU D'ABEILLE PEUT ETRE GRAVE

Si la réaction dépasse ce niveau local, nous entrons dans le domaine des réactions allergiques. Comme toutes les réactions allergiques, le danger n'est pas le produit qui entre dans l'organisme ( ici le venin), mais la réaction de notre corps contre ce produit. Cette réaction est la plupart du temps extrêmement rapide, allant de quelques secondes à une vingtaine de minutes. Elle débute souvent par des démangeaisons diffuses, puis peut évoluer vers des plaques d'urticaire et un œdème du visage (gonflement des paupières et des lèvres). Dans les réactions plus graves, apparaissent un œdème de la gorge, des crises d'asthme, une chute de la tension artérielle avec malaise et perte de connaissance réalisant le choc allergique ou anaphylactique. Dès qu'un de ces signes graves apparaît, il faut appeler de toute urgence le SAMU ou se rapprocher du service d'urgence le plus proche.

Une fois l'accident traité, heureusement la plupart du temps sans séquelles, un bilan s'impose. Le médecin qui vous aura vu après la piqûre vous aura prescrit une trousse d'urgence qui contiendra un corticoïde, un antihistaminique, un broncho-dilatateur en cas de crise d'asthme et selon les cas de l'adrénaline. L'adrénaline se présente sous forme de seringue auto-injectable. Très bientôt elle sera disponible sous forme de stylo auto-injectable. Elle est le médicament le plus important pour contrôler les réactions graves. Malgré l'efficacité de ces médicaments, la trousse d'urgence ne permet pas de garantir une sécurité totale chez les sujets allergiques, et la consultation d'un médecin allergologue va être nécessaire.

EN CAS DE REACTION ALLERGIQUE, UNE CONSULTATION ALLERGOLOGIQUE S'IMPOSE

L'allergologue déterminera dans un premier temps le ou les espèces d'insectes responsables de la réaction, et mesurera le niveau de l'allergie. Le médecin réalisera des tests cutanés au niveau des bras ou du dos, puis prescrira une prise de sang. En possession de tous ces éléments, il appréciera le risque de voir apparaître une réaction grave lors d'une prochaine piqûre. Si ce risque est élevé sera proposé une désensibilisation ou immunothérapie allergénique spécifique. Le principe de cette technique consiste à injecter des doses de venins de guêpe ou d'abeille, un peu comme l'apiculteur qui se fait régulièrement piquer par ses abeilles et est ensuite protégé. La plupart des protocoles actuels débutent par une hospitalisation courte (en général 24 h). Grâce à des injections progressivement croissantes, on apprend à l'organisme à supporter en général l'équivalent de 2 piqûres d'hyménoptères. Après quelques semaines on est protégé, mais il va falloir pour maintenir cette protection des injections de rappel ( en moyenne une par mois) pendant une durée de 4 ou 5 ans. Les résultats de cette technique sont excellents, dépassant les 95 % de réussite. Cette désensibilisation est certes un peu longue mais elle reste actuellement le meilleur traitement pour retrouver sans risque les plaisirs du jardin ou de la campagne.

Même si guêpes et abeilles peuvent être à l'origine de réactions allergiques graves, n'oublions pas que ces insectes sont indispensables à notre vie sur la terre. Elles ont, en particulier, un rôle irremplaçable dans la pollinisation de nombreuses espèces végétales. Une cohabitation harmonieuse reste la plupart du temps possible en associant quelques mesures simples de protection et dans certains cas une désensibilisation dont les résultats sont remarquables. Le syndicat des allergologues (ANAICE) recommande donc aux patients allergiques aux hyménoptères d'être pris rapidement en charge et traités efficacement.

ARTICLE ANAICE 2001

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