LA DESENSIBILISATION
Qu'est-ce que la désensibilisation ?
Selon l'OMS, la désensibilisation ou immunothérapie
spécifique ou vaccination allergénique,
se définit comme l'administration de doses progressivement
croissantes d'un vaccin allergénique à
un sujet allergique, jusqu'à une dose qui améliore
efficacement les symptômes provoqués par
l'exposition ultérieure à l'allergène
responsable.
Un peu d'histoire
La désensibilisation a été introduite
en 1911 par Noon et Freeman pour traiter les rhinites
et les asthmes allergiques aux pollens. En 1918, Cooke
commence à établir les techniques de désensibilisation
et à émettre des hypothèses sur
les mécanismes d'action.
Ensuite, la désensibilisation a évolué
par tâtonnements successifs avec ses succès
et ses échecs. Peu à peu, une meilleure
connaissance du système immunitaire, des mécanismes
immuns qui président à l'apparition de
l'allergie et de la standardisation des allergènes
ont permis d'obtenir un traitement efficace qui a toute
sa place dans l'arsenal thérapeutique de la maladie
allergique. L'exemple éclatant est celui de l'immunothérapie
spécifique au venin d'hyménoptères
(guêpe, abeille, frelon) qui procure une efficacité
de plus de 90 % des cas.
De plus, comparée aux autres thérapeutiques,
la désensibilisation est le seul traitement susceptible
de modifier favorablement le cours naturel des maladies
allergiques.
De nos jours, le consensus international de 1997
En 1997, sous l'égide de l'OMS, des experts
internationaux se sont réunis à Genève
pour établir un texte d'actualisation sur la
vaccination allergénique.
Ces experts ont d'abord insisté sur l'intérêt
de la standardisation des allergènes qui permet
de connaître avec précision la composition
de chaque extrait et de fabriquer des vaccins allergéniques
reproductibles et doués de propriétés
identiques. Il faut aussi que la durée de conservation
soit connue. Tous ces critères conditionnent
la qualité du diagnostic et le résultat
thérapeutique.
Les experts ont fait le point concernant les publications
montrant l'efficacité de la désensibilisation
chez les patients atteints de rhino-conjonctivite allergique,
d'asthme allergique (acariens, pollens, poils d'animaux,
moisissures) et de réactions allergiques aux
piqûres d'hyménoptères. Il a été
précisé que l'immunothérapie spécifique
doit être intégrée dans toute démarche
thérapeutique de l'allergie, si l'indication
a été bien posée, en association
avec les autres moyens : évitement de l'allergène,
pharmacothérapie.
Il a été montré que l'immunothérapie
spécifique prévient l'apparition de l'asthme
chez des patients atteints de rhinite allergique, diminue
le risque d'apparition de nouvelle sensibilisation et
réduit l'aggravation des symptômes.
La désensibilisation est indiquée pour
les patients chez lesquels on a pu démontrer
le mécanisme allergique (histoire clinique probante,
tests cutanés positifs, tests biologiques positifs),
lorsque l'éviction totale de l'allergène
est impossible, lorsque les traitements médicamenteux
deviennent incapables de soulager le patient.
L'allergologue doit bien connaître les conditions
d'exposition aux différents allergènes
de chaque patient. Il se doit d'être un expert
de l'environnement extérieur et intérieur.
Les injections doivent être effectuées
sous surveillance médicale afin de vérifier
que l'état clinique du patient permet de recevoir
le vaccin allergénique et que l'injection est
bien tolérée sur le plan local et général,
le patient devant rester sous surveillance durant 30
minutes.
La durée optimale de ce traitement reste à
l'appréciation de l'Allergologue. Beaucoup de
médecins suggèrent que la durée
doit être entre 3 et 5 ans. En pratique, 3 à
5 ans est la durée idéale d'une désensibilisation
efficace, pour les allergènes pérennes
comme l'acarien, il est parfois nécessaire de
prolonger pour obtenir une réduction nette des
symptômes. En fait, la décision d'interrompre
se fait au cas par cas.
Dans la pratique
Avant d'instituer une vaccination allergénique,
l'Allergologue doit mener une enquête minutieuse
pour préciser le ou les allergènes responsables.
L'interrogatoire est un temps essentiel à la
recherche d'antécédents familiaux ou personnels
d'allergie, pour se documenter sur l'environnement domestique
et professionnel, pour connaître les activités
de loisirs (bricolage, élevage d'oiseaux amateur,
pratique de l'équitation
) et pour préciser
les circonstances déclenchantes.
L'examen clinique permet le recueil d'éléments
objectifs en faveur d'une manifestation allergique :
signes d'asthme, état des muqueuses nasales,
des conjonctives, de la peau
Les tests cutanés orientés par l'interrogatoire
représentent une méthode d'investigation
très performante entre les mains d'un Allergologue
rompu à cette pratique. Les réactions
positives correspondent à des sensibilisations
à certains allergènes. Le praticien comparera
ces résultats aux données de l'interrogatoire
et de la clinique, avant d'incriminer tel ou tel allergène.
Pour finir, l'Allergologue pourra préciser son
diagnostic par des tests biologiques (prise de sang),
voir des tests de provocation.
Une fois la décision prise de pratiquer une
immunothérapie spécifique, il restera
à choisir entre deux techniques :
- la voie classique par injection sous-cutanée,
- la voie plus nouvelle (1992) par voie sublinguale
(sous la langue).
La voie sous-cutanée est la plus ancienne, elle
consiste à injecter des doses progressivement
croissantes du vaccin allergénique à l'aide
de seringues graduées avec précision et
d'aiguilles de petit calibre. Les injections sont faites
en haut de l'épaule comme un vaccin classique.
Les séances de désensibilisation se pratiqueront
au départ chaque semaine, puis toutes les deux
semaines, pour finir à un délai de 4 semaines
le plus souvent. On injectera ainsi une dose optimale
d'entretien. La durée du traitement sera de 3
à 5 ans ou plus si nécessaire.
La désensibilisation aux venins d'hyménoptère
s'opère le plus souvent en suivant des protocoles
accélérés qui permettent de protéger
le patient en quelques heures. Pour des raisons évidentes
de sécurité, ce type de traitement se
fait en milieu protégé : cliniques, hôpitaux...
Les réactions possibles de cette voie d'administration
vont de la banale réaction locale (rougeur, gonflement
au niveau du site d'injection) au rarissime choc allergique
en passant par le rare déclenchement de crise
de rhinite ou d'asthme expliquant la nécessaire
surveillance après les injections par un médecin.
Les injections de désensibilisation sont possibles
dès l'âge de 5ans.
Dans la voie sublinguale, les gouttes du vaccin allergénique
sont déposées le matin à jeun sous
la langue. La diffusion a lieu au travers de la muqueuse
buccale jusqu'aux cellules du système immunitaire
très présent à ce niveau. Le patient
s'administre lui-même les gouttes en suivant scrupuleusement
le protocole établi par l'Allergologue. Le but
étant, là aussi, d'obtenir une dose optimale
efficace à répéter 3 fois par semaine.
La durée du traitement est identique à
la voie injectable.
Les effets secondaires sont en général
bénins allant du prurit buccal au gonflement
des lèvres et à la nécessité
de la régularité de prise du traitement
dont le patient est le seul responsable. Cette voie
de désensibilisation est adaptée aux patients
qui ne peuvent pas suivre des injections régulières
du fait de contraintes de temps. C'est évidemment
la voie idéale des personnes qui redoutent les
piqûres. Elle a la préférence des
enfants, elle est autorisée à partir de
l'âge de 4 ans.
A l'heure actuelle, la voie injectable, comme l'ont
montré de nombreuses études, est la technique
de référence dont l'efficacité
est démontrée. Pour la voie sublinguale,
la communauté allergologique n'a pas suffisamment
de recul, ni suffisamment de grandes études,
pour la valider pleinement.
Les contre-indications
Les contre-indications de l'immunothérapie spécifique
sont les maladies graves du système immunitaire
(maladies auto-immunes ou déficits immunitaires),
les cancers, les traitements par certaines médications
cardiaques (Bêtabloquant, IEC), un asthme sévère
qu'il faudra d'abord équilibrer avant de commencer
la désensibilisation, les maladies du cur
importantes sauf pour l'allergie au venin d'hyménoptère,
l'enfant au-dessous de 5 ans sauf pour les hyménoptères.
La grossesse n'est pas une contre-indication à
la poursuite d'une vaccination allergénique,
mais on évitera de commencer celle-ci au cours
de la grossesse.
L'avenir
C'est déjà la standardisation des allergènes
qui est améliorée régulièrement.
C'est aussi, une nouvelle présentation de la
voie sublinguale qui permettra de remplacer, dans la
phase d'entretien, les gouttes par des comprimés
à laisser fondre sous la langue.
Une voie de recherche est celle des allergènes
modifiés. Les allergènes sont constitués
essentiellement de protéines. Ici, le but est
de couper ces protéines pour ne conserver que
les fragments les plus impliqués dans la vaccination
et/ou de les coupler à des peptides de façon
à améliorer leur pouvoir désensibilisant
et à réduire les effets secondaires de
la vaccination.
Le génie génétique est une autre
voie. Il s'agit d'injecter de l'ADN codant l'allergène.
Une autre stratégie, qui se trouve bien avancée,
est l'utilisation d'anticorps monoclonaux humanisés
anti-IgE (les IgE sont les anticorps ayant un rôle
clef dans la pathogénie des maladies allergiques).
En conclusion, la vaccination allergénique apparue
au début du XX ième siècle a profité
des progrès dans le domaine de l'Immunologie
pour devenir la classe thérapeutique majeure
du traitement de la maladie allergique respiratoire.
L'avenir est sombre quant à la progression de
la fréquence des allergies. Il serait dommage
de ne réagir que de façon symptomatique
en ne prescrivant que des traitements médicamenteux.
Bien sûr, l'indication de la vaccination allergénique
doit être posée avec soins par des Allergologues
compétents. Cela souligne l'importance de dispenser
une formation allergologique de qualité.
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